Norbert Ghisoland

 GhisolandNobert Ghisoland a eu un père soucieux des chances qu’il offrait à ses enfants, un père mineur de fond qui rêvait d’une autre vie pour ses fils, un père qui savait que l’époque et la région où ils vivaient ne leur proposeraient pas mieux que de creuser la terre. C’est pourquoi au prix de nombreux sacrifices il entreprit d’économiser de quoi acheter à l’ainé, le frère de Norbert, le matériel qui lui servirait à devenir photographe. Mais alors que ce frère décède prématurément, le destin s’adresse au cadet… Après trois années de formation chez le photographe Galladé, Norbert installait cette destinée au 43 de la Grand’Rue, à Frameries en Belgique : sa famille d’abord, mais aussi son nouvel outil de travail, en l’occurrence un magasin et un studio photographique, studio dans lequel allait défiler toute une communauté : soit pas moins de….       90 000 instantanés de vie.

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Texte de Sonia Borbely Saada

À l’époque, Frameries était une petite ville animée par une activité économique dense et tumultueuse où les habitants subissaient régulièrement le malheur et la répression. Cette ville se nourrissait de l’extraction du charbon avec tout ce que cela entraîne de répercussions : les hommes qui vivent là et qui travaillent majoritairement sous la terre sont nombreux à avoir connu l’accident, voire les drames. Pourtant ce quotidien moribond, cette lutte constante pour améliorer des conditions d’existence ne s’aperçoit qu’après coup. Car devant l’objectif de Norbert Ghisoland, le petit peuple du Hainaut se réinvente, le temps d’une pause, ici ce ne sont plus des mineurs, des paysans qui défilent, non ici le modèle est ce qu’il veut, ce qu’il aimerait être, c’est un théâtre où cyclistes, mariés et boxeurs se côtoient, où les parents présentent fièrement leurs enfants, et où ces enfants s’amusent grimés en chérubins ou en pierrots, en petit propriétaire de molosse canin, en cavalier à bascule, un théâtre où la famille est glorifiée, où les grands-pères, pères, fils et petit-fils, où les frères et les sœurs sont main dans la main…

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A contrario de ce qui se faisait à l’époque le photographe n’est pas le docile marchand des visages de la bourgeoisie. Chez lui défilent les gens du coin, des familles de mineurs le plus souvent,  des visages durs, impénétrables, à la fois fiers et modestes : le petit peuple. Dans des décors champêtres au romantisme désuet, aux côtés de faux murets, entre les accessoires du portrait que sont les tables, les chaises, les bancs, dans des intérieurs en trompe-l’œil aux colonnes antiques, le tout borinage, cette terre de misère, se bouscule pour se montrer sous ses plus beaux atours.

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On ne peut s’empêcher d’imaginer la minutieuse préparation de ces hommes et femmes qui millimètraient leurs courtes performances face à l’artisan. Ne laissant ainsi rien au hasard,  pour la circonstance, le vêtement était soigneusement choisi, tout signe d’honneur et de privilège arboré, les objets précieux du quotidien comme les instruments de musique mis en valeur comme des signes extérieurs de richesse. Les hommes s’y présentent distingués et forts de leurs médailles, les dames sont bien coiffées et toilettées, le costume du dimanche et la robe de bal masquent les différences sociales, et ce même si, de-ci, de-là les imperfections pointent, les chemises usées, les pantalons mal taillés, les boutons manquant ne laissent guère planer de doutes quant à l’origine des modèles… Mais, dit-on,  le photographe qui accueillait cette foule avec chaleur et bienveillance disposait toujours d’une paire de souliers vernis au cas où…

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Le 2 novembre 1939, tourmenté par les soubresauts de l’avant-guerre et inquiet de savoir son fils mobilisé, Norbert GHISOLAND décède d’une crise cardiaque à l’âge de soixante et un ans. En 1945, de retour de la guerre, Edmond, le fils de Norbert Ghisoland, reprend le studio.

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Les portraits magnétiques de Norbert Ghisoland n’ont connu le succès que récemment. En dehors des membres de sa ville, le monde n’était pas censé voir ces clichés d’ordre privé. Sans la curiosité de son petit fils Marc qui, après la mort d’Edmond, en 1969, décida de développer les plaques de verre retrouvées dans le grenier familial, les milliers de portraits qu’a réalisés ce photographe seraient tombés dans l’oubli.

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En 1991, Norbert Ghisoland devint le numéro 48 de la célèbre collection Photo Poche, accompagnée d’une grande rétrospective de ses photographies au mois de mai, au Palais de Tokyo, à Paris.

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En 1994 le photographe entra « officiellement » dans l’histoire de la photographie de sa double présence dans les deux grandes encyclopédies de la photographie publiées cette année là (la Nouvelle Histoire de la Photographie édité par Adam Biro/Bordas ainsi que dans le Dictionnaire Mondial de la Photographie édité par Larousse, Paris.)

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En 2002, la Belgique lui rend un premier hommage : sous l’égide d’Alain D’Hooghe, le Mundaneum, à Mons, accueille une triple exposition : Du grenier au musée, Alter Ego et Fragments de vie ordinaire. Sortie simultanée du troisième livre Norbert Ghisoland, Fragments de vies ordinaires aux éditions La Lettre Volée. En 2003, suite au succès de l’exposition à Mons – plus de 15000 visiteurs ! – l’Hôtel de Sully à Paris, décide de faire venir l’exposition. »

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En 2013, une vingtaine de photographies de Norbert Ghisoland sont exposées à la 55è Biennale d’Art Contemporain de Venise à la demande de Cindy SHERMAN.

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2 Comments

  1. Très touché par cette belle publication!

  2. sorry, mon nom est Marc Ghisoland!

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