Alexander Veledzimovich

Quand on lui a demandé comment a commencé l’aventure photographique, Alexander Veledzimovich nous a répondu : « Il y a quelques années, une bonne amie, Anastasiya pour ne pas la nommer, me donnait son Zenit muni d’un 135mn, appareil dont je tombais littéralement amoureux… Il y eut aussi un film, « american beauty », qui me marqua profondément, et voilà ! ». Alexander a été surpris qu’on lui propose de réunir ses portraits-couleur, lui qui a plutôt l’habitude de répondre aux sollicitations pour son travail en noir et blanc. Cela nous a semblé quelque chose de tellement insensé de laisser cette série « color space » dans la discrétion que nous avons tout fait pour convaincre l’artiste de nous la confier… Ce photographe biélorusse est âgé de 29 ans.

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Né en 1983 à Vitebsk (BIELORUSSIE)

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Petit complément biographique : Alors que nous refondions votre site préféré, nous en avons profité pour partir aux nouvelles des premiers photographes publiés… Alexander, qui est aujourd’hui diplômé de l’Institut international du travail et des affaires sociales, a aussi travaillé comme professeur au «Vitebsk State Polytechical College». En 2009, Veledzimovich nous dit avoir commencé à étudier à la Galperin Faculty of photojournalists de Saint-Pétersbourg. À Saint-Pétersbourg, il a également assisté à des séminaires de Lina Sheynius et Nicholay Howalt. Il travaille maintenant comme photographe indépendant et depuis 2010-2013, il enseigne dans une spécialité « Portrait » à l’école de photographie de Minsk et a lancé dans le même temps un projet d’éducation sur la photographie à Vitebsk. Du chemin parcouru donc…

Pour finir de compléter, l’auteur précise à propos de ses portraits : « Mes photographies sont des moments de silence, des instants où je peux littéralement me rendre invisible. La personne en face de moi reste alors seule avec l’appareil photo, enfin presque : il y a bien quelqu’un, caché, qui regarde l’obscurité dans ses yeux, là, juste derrière ses pupilles. Lorsque nous prenons une photo – surtout des portraits – nous fixons un moment qui ne se produira jamais sans auxiliaire mécanique. Mes photos traite d’un monde qui n’existe pas, d’un monde que l’on ne peut visiter, sauf si l’on jette un oeil à ces bouts de papier où apparaissent mes modèles. »

Pour qui s’y est déjà essayé, l’exercice du portrait est sans doute, tout art confondu, sinon le plus délicats, en tout cas l’un des plus intimidants. Quoiqu’on fasse, il y a là, au-dessus, qui trônent, les trophées des grands chasseurs de cerfs et de lions… Elles vous regardent les prises d’Ingres, Freud, Rembrandt, Evans, Djisktra, Avedon, vous les avez forcément à l’esprit, alors : ça rend modeste – ou pas. Incroyable toupet, courage ou inconscience, « d’envisager » le safari de l’autre, de prétendre qu’on va lui faire la peau, pour qui s’y est déjà frotté : ce visage, il effraie plus qu’on ne le croit : il mord. Alors comment faire pour l’approcher ?

Hélas, le modèle ne vous aidera pas, quel qu’il soit, au contraire même. Prenez l’inconnu : c’est un fauve – n’ayez aucun doute sur ce point, il vous épiera, se défendra de vous donner quelque chose de sa carcasse, presque par défi, il en va de son honneur, de son instinct. L’intime pas plus, celle ou celui qu’on aime, un herbivore croyez-vous ? Non lui aussi vous fera face et quand vous le coincerez, qu’il sera acculé, il feulera de vous dépêcher, de faire ça vite, sans douleur : surtout ne pas le rater, la carotide, il tremble, à moins que ce ne soit vous…

Sachez-le : à la moindre imprécision ces bêtes prendront la poudre d’escampette ou, si elles n’ont pas d’autres choix, vous chargeront… De l’utilité alors de savoir leur parler, de savoir les tuer aussi : c’est là, tout l’art du portrait. Oui, il y a bien l’animal de l’autre côté du miroir, il y a peut-être même toute la sauvagerie en face de vous. Et à chaque fois il faudra faire avec, ne pas s’enfuir, son sang-froid gardé : vous aurez à affronter celui qui sans issue, dans une terrible volte-face, montrera les dents, les plongera en vous, il voudra vous dévorer les tripes, pour ne plus qu’il vous en reste assez pour déclencher, il ira vous chercher jusqu’au plus profond de l’objectif, déchirer ce qui vous y cachez de vous-même, il faudra l’éviter cette morsure – évitez-la sinon vous êtes cuits. Oui, la proie doit rester celle qu’on croit, avant d’espérer ramener quoique ce soit d’elle, faire attention, fermer toutes les portières, et surtout : ne jamais lui tourner le dos…

Faire le portrait de quelqu’un, qu’on le veuille ou non, c’est vouloir la réponse forcément violente à l’énigme de Rimbaud : qui est cet autre chez l’autre ? Précisons : qui est cet animal chez l’animal ? Aussi faudra-t-il se faire carnivore, à la mesure de celui dont vous espérez ramener la tête, le braver, ne pas bouger, rester droit, se grandir, lui signifier que vous ne reculerez pas d’un iota. Qui n’a jamais abandonné toutes les sueurs de son corps devant la proximité d’une gueule « humaine », le danger de faire feu sur son autre, les yeux dans les yeux, ne peut comprendre l’exercice féroce du portrait… En ce sens, Alexander Veledzimovich est un véritable aventurier, oui disons-le comme ça : un aventurier.  Non qu’il voyage sur vos traits pour le plaisir de voyager, non, lui cherche, et débusque, quoi ? Les réponses que vous n’avez pas de vous-même…

Au pays de Marc Chagall, vit Alex Veledzimovich (également connu sous le nom de Sasha) ce photographe qui obstinément, patiemment, immortalise des pépites de force et de solitude, sociologie mélancolique d’une jeunesse sub-urbaine, d’une jeunesse post-soviétique. Dans sa veste militaire, ses jeans, ses baskets calfeutrés, son Rolleiflex fait de chrome et de cuir, Sasha nous conte les barres d’immeubles usées, les ruisseaux dans les friches, les terrains brûlés par le froid, histoires de banlieue grise, histoires du village vertical, histoires de lits et de corps à la renverse, histoires de murs, d’ombres sur les murs, de lumière sur les peaux. 

Faire le portrait de quelqu’un, qu’on le veuille ou non, c’est aussi remonter aux sources de ce qui a enfanté ce visage. Des murs et des ombres donc, du gris et du bleu-clair, des blancheurs souvent, ou sinon des rigueurs mêlées d’orgueil et d’ambition refoulée. La Biélorussie, pays où triomphe la jeunesse mais où, aussi, le dirigisme d’un homme de fer étouffe une démocratie qu’on croyait proche. Pays qui a raté le wagon des cousins orange, pays où rien ne semble avoir bougé depuis la chute du grand frère rouge. Portrait d’une jeunesse aux yeux clairs, d’une jeunesse aux pommettes saillantes, portrait des cheveux de fièvre, faire le portrait de la Biélorussie c’est faire le portrait d’une époque décalée, qui résiste malgré le monde qui cogne à la porte, c’est faire le portrait d’un espoir tout en même temps qu’une plainte…

Cleptafire : Avec quoi travailles-tu ? As-tu des photographes référents à nous citer ?

Alexander Veledzimovich : « Je travaille régulièrement avec un Rolleiflex 2.8c pour le noir et blanc et un Rolleiflex FX+ pour la couleur. Mes photographes favoris sont Oleg Videnin, Evgeniy Mohorev – dont j’ai ressenti une forte influence pendant 4 ans, aujourd’hui c’est Alec Soth (Sleeping by Mississippi) qui me parle beaucoup,  mais aussi des gens comme Maxim Shumilin, Katarina Smuraga, Arja Hyytiäinen, Martina Hoogland Ivanow and Kawauchi Rinko. La littérature classique russe avec Nabokov, Bunin, Turgenev and l’auteur moderne Michail Shishkin me nourrit aussi beaucoup. »

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