S É A N C E ( S )

Les chroniques d’Aloïse Maistre, auteure et modèle professionnel. Le concept : à chaque numéro, Aloïse posera pour un photographe en résidence, de cette rencontre naîtra un texte, un témoignage, un portrait inversé, oui : pour un portrait donné ce sera un portrait « rendu » ! Pour sa première séance, nous n’avons pas fait les choses à moitié puisque Aloïse nous livre ses impressions d’un après-midi passé chez Gilles Berquet.


GILLES BERQUET

Par Aloïse Maistre

Rencontrer Gilles Berquet pour la première fois c’est comme retrouver un ami de longtemps : la complicité est toujours déjà là. Très peu habituée à poser pour des photographes j’ai avec moi des aprioris bien ancrés, des mauvaises expériences et des histoires qu’on raconte. Tout cela vole en éclats et on ne s’embarrasse pas des protocoles de première fois.

Gilles me fait la visite de sa maison studio dans laquelle sont entassés des souvenirs, des archives, du travail et des objets chinés dans des brocantes, qui lui donne l’air étonnant d’un grenier jamais vidé. Mirka, son épouse et complice, est absente mais elle nous accompagne. Il m’en parle, c’est un homme amoureux et un photographe comblé : Mirka  l’assiste, materne , batifole avec ses modèles et immortalise les coulisses de ses séances. On ne la connait pas mais on regrette presque qu’elle ne soit pas là.

Pas besoin d’être indiscrète pour constater que je suis ici dans le palais de la chaussure à talon et je me surprends un instant à imaginer leurs jeux de pieds érotisés. Son studio est un territoire de tous les possibles : l’antichambre d’un boudoir, un fantasme pour jeune fille coquette et coquine.

Nue juchée sur des hauts talons qu’on a choisis minutieusement ensemble, je prends plaisir à me regarder d’autant que son regard ne me déshabille pas, je n’ai peur de rien à part peut être de me tordre la cheville. Je me pose au milieu de ce décor que j’ai regardé plusieurs fois sur la toile, entourée de deux grands néons j’ai du mal à lâcher mes habitudes de modèle. Gilles est patient, il me guide, il sait ce qui va s’opérer sous ses yeux, il ne me dit rien mais il guette derrière son objectif mon abandon. J’ai mal à mes pieds, je fatigue puis la poseuse abdique. Mon naturel a gagné, je sens gilles emballé, il a le souffle court : la séance peut commencer. Ensemble on cherche, on trouve, on abandonne, on trouve, le temps presse, j’oublie son regard, je suis devant lui comme devant mon miroir, je me laisse aller complètement au jeu, entrainée en fond par une musique électronique minimale et froide. Je suis attendue il faut que je parte, je le regrette mais je sais qu’on se reverra.

Gilles à 30 ans de métier derrière lui et il a dit beaucoup de choses, il me confie ne plus avoir la nécessité d’en dire plus mais il est touchant de voir qu’ il retrouve toujours cet engouement de jeune premier quand il est face à son modèle. Women, titre de la série pour laquelle j’ai posé, n’est pas dans sa tête mais toujours devant ses yeux le temps d’une séance : toutes ces femmes sont des femmes idéales.

Aloïse Maistre

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