Ibán Ramón Rodríguez

Ibán Ramón Rodríguez est espagnol, il vit et travaille à Valence. Designer professionnel depuis 1994, il crée son propre studio en 2001. La série qu’il nous présente est typique de sa recherche photographique sur le paysage : en quête de « résilience », de « persévérance », Iban n’a de cesse de parcourir ces lieux étranges où le combat fraternel entre l’homme et le végétal est particulièrement à l’œuvre… Arbres, terres, eaux, des éléments qui semblaient traumatisés, vaincus… Or, il y a une seconde manche, un match retour, un espoir de guérison sur laquelle la nature ne cesse de s’engager, oui : le vivant est tenace et désire plus que tout retrouver son territoire. Témoin de ces allers-retours, de ces transformations cycliques, la typographie ibérique est passée au peigne fin par ce photographe de 43 ans.

  • Bio 

Né en 1969 à Valence (ESPAGNE)

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Vous avez dit obsession ? Un cartographe l’est, forcément : obsédé. Par sa mission d’abord : révéler, dresser les contours d’une terra incognita, aller là où personne ne va, où personne ne va plus. Par le résultat ensuite : des routes et des roches indiquées, des fosses et des vallons mentionnés, des marais et des déserts balisés, ses découvertes à raccrocher au wagon du monde connu. Aussi, comme l’on repousserait la nuit, il faut explorer le brouillard, l’expliquer, le faire reculer, lui qui enveloppe le mystère, qui enveloppe la promesse de zones nouvelles  à reporter.

« Je déteste prendre des photos les jours de beau temps. là où je vis le soleil est très dur et j’attends impatiemment que le ciel se couvre. Je peux voyager très loin pour rechercher le brouillard, mon complice régulier, il simplifie le paysage, le lave de son bruit parasite. »

Un méditerranéen qui examine la brume et le froid, tiens donc… Du blanc et du gris, des ocres et quelques verts ?! Des camaïeux délavés en lieu et place des différents degrés d’azur auxquels on s’attendait. Mais où sont les fièvres céruléennes et les gyrophares jaunes et rouges d’Andalousie et d’Estrémadure ? Où sont les horizons sans fins du pays de la Sierra ? Ses voûtes pareillement désertiques ? Non, rien de tout cela : plutôt des espaces courts et des ciels bouchés; c’est qu’Ibán n’est pas un paradoxe près. Lui qui, non content de congédier le soleil de sa terre de cocagne, préfère plutôt quérir dans les murs de pierre, de béton, dans la rectitude et les angles droits ce qui subsiste des courbes naturelles du végétal. Voilà tout le travail d’un explorateur soucieux de ne jamais s’arrêter au définitif, à l’évidence, peut-être même au pessimisme…Car pour aller fouiller le brouillard, lui chercher des poux -sinon des noises, il faut s’armer du désir particulier d’en découvrir des silhouettes, des rescapés, entre ses volutes, ses arabesques, aller voir s’il existe encore des motifs d’espoir, de vie tout simplement. De ces lieux sans hommes, sans bruit, qui nous apparaissent comme après une bataille, un cataclysme, Ibán nous plante un écriteau délabré : « ci-gît le monde des hommes, de profundis », reste quoi ? La nature, mais sans lui…

Cleptafire : Y-a-t-il une approche écologique à ton travail ? Et plus largement une réflexion sur la situation économique de ton pays ?

Ibán Ramón Rodríguez : « Pour l’écologie oui bien sûr, mais je l’ai voulue sans pathos, sans drame. Je place ma réflexion du côté du témoignage plus que de la revendication, il y a une part d’introspection dans ma démarche et je ne voulais pas forcément véhiculer un « message ». Pour ce qui est de l’actuelle situation économique de l’Espagne c’est  un facteur important qui laisse sa marque sur le paysage, de plus en plus, malheureusement,  je trouve matière à captation… Je travaille justement sur une série plus focalisée sur cette grande « dépression » et comment elle modifie le territoire. »

Cleptafire : Ton matériel, tes maîtres ?

Ibán Ramón Rodríguez :  « Je travaille actuellement avec un Canon 5DMII et un pentax 6×7″. Il y a tellement de photographes intéressants que ce serait difficile d’être exhaustif mais en premier lieu : Alec Soth, Nadav Kander, Salva López, Joel Sternfeld, Jordi Gual, Maximilian Haidacher, Walker evans, Margaret Durow… ».

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