Julien Rodet

«Pour être honnête, je suis longtemps complètement passé à côté de la photographie. Je ne voyais pas l’intérêt de simplement enregistrer la réalité. En sortant des beaux-arts de Lyon,  je me suis installé à Paris, j’étais très seul, n’avais pas d’atelier, pas de boulot, alors je déambulais toute la journée dans cette nouvelle ville que je ne connaissais pas. A l’époque je suivais un traitement à la méthadone qui me rendait un rien contemplatif et je crois qu’avant de découvrir ce médium, j’ai commencé par découvrir le réel, un réel qui semblait beaucoup plus imaginatif que moi. C’est seulement dans un second temps que j’ai compris le potentiel de la photographie, en regardant les miennes, celles des autres, et en constatant qu’elles étaient très loin de consigner uniquement du palpable : la photographie m’a alors ouvert d’autres portes, celle d’un d’univers parallèle… Et proche ». Julien Rodet est un photographe français de 41 ans.

  • Bio 

Né en 1971 (FRANCE)

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« Entre beauté et absurdité, ironie et empathie » comme il le dit lui-même, il y a tout ça  – et bien plus, dans le travail de Julien Rodet. Pour la petite histoire, nous l’avons rencontré il y a 5 ans alors qu’il exposait chez un ami, à Paris, rue Saint-Maur, il y présentait une belle série sur New York. Depuis et jusqu’à ce premier numéro de Cleptafire, nous avons toujours gardé un œil sur lui, très fiers aujourd’hui de publier un extrait de son travail, tout particulièrement son magnifique « recensement » dont le sous-titre pourrait être : « des gens normaux dans des endroits étranges… Ou inversement ».

« Depuis quelque temps, j’agis toujours de la même façon :  je choisis un lieu, soit que j’ai repéré au préalable soit que j’ai trouvé en roulant au hasard, en grande banlieue le plus souvent. Je crois que je procède comme le ferait un paysagiste et que je suis particulièrement sensible à l’urbanisme sans foi ni loi, ces espaces qui n’ont pas été pensés pour faire beau, mais imaginés vraisemblablement par des cerveaux malades. La banlieue donc…  Pourquoi ? Parce que c’est un peu notre far west…  J’aime ces zones qui ont été « créées », au sens premier du terme, et où pourtant il est impossible de vivre sans une bonne dose d’adaptation.».

« Je m’installe sur pied, je cherche un cadre en imaginant la place que pourrait prendre le sujet dans cette composition. Et puis j’attends. Si j’ai le choix je demande à une personne qui passe et qui collerait avec le lieu, le plus souvent je traine dans des endroits déserts. »

Cleptafire : Ton travail sur le portrait que tu appelles « recensement » est plein d’humanité, de bienveillance, à l’inverse celui sur l’objet est beaucoup plus violent, comment expliques-tu cette différence de traitement ?

Julien Rodet : « Quand je prends en photo des objets c’est qu’en général ils me font penser à des décors, voire ce sont effectivement des morceaux de décors.  Pour les portraits, je choisis les fonds avec le même état d’esprit : je ne cherche pas à créer un document, même si ça en prend la forme, mais une sorte de tableau photographique, avec sa part d’énigme ou de supercherie. Le titre « recensement » est plus une plaisanterie, je ne pensais pas au départ que j’en accumulerai autant… Au bout du compte je trouve cette collection intéressante pour la manière dont elle rend compte de cette infinitude de situations. »

« A la genèse de ces portraits paysagés il y a une fascination amusée pour l’obligation qu’a tout à chacun de s’inventer au yeux du monde, d’y trouver sa place. J’ai de l’empathie et de la considération pour mes modèles et leur anonymat héroïque. 

Les « décors » me rappellent le vide et la vacuité des rêves qui nous sont proposés. Comme  dirait Starshooter la vie c’est du cinéma. Mais on ne peut pas refuser le rôle… ».

Cleptafire : Tes personnages habitent assez souvent une perspective, une oblique, un décor fuyant, pourquoi ?

Julien Rodet : « J’utilise un grand-angle pour construire l’image en trois dimensions. Les perspectives sont un peu exagérées, ce qui me permet de placer le sujet dans un espace plus que sur un fond. J’ai envie de donner la sensation que ces personnages habitent ou traversent cette espace, pas de les figer sur une tapisserie urbaine. C’est plus une stratégie visuelle qu’un concept particulier.

Cleptafire : Avec quel matériel travailles-tu ?

Julien Rodet : « Le plus souvent un Hasselblad 500CM avec un 50mm, j’ai aussi un Mamiya7 avec un 43mm et un Nikon D300 que j’utilise plus rarement. Je préfère le rendu du film et le coté un peu plus enveloppé des images du Blad. Et puis, travailler avec du film est pour moi une manière de prendre plus au sérieux ce travail. »

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