CALENDRIER

Du calendrier de la révolution, Pluviôse en est le 5° mois, celui qui correspond à la période grégorienne du 20 Janvier au 18 Février.

CLEPTAFIRE est un refuge pour les voleurs. CLEPTAFIRE est une collecte minutieuse de vertiges. CLEPTAFIRE vous cloue au poteau des couleurs, CLEPTAFIRE hisse le drapeau blanc, CLEPTAFIRE hisse le drapeau noir. CLEPTAFIRE aime la photographie, toute la photographie, peu importe le sujet, peu importe le concept, qu’elle soit des contrées du « contemporain », du reportage, ou de la mode, nous accueillons dans cette nef incendiée ceux qui ont quelque chose à montrer, à dire, à brûler… Et qui le font bien.

Dans la rubrique trimestrielle UNE SAISON EN IMAGES nous regroupons, commentons et détaillons les plus belles fulgurances des réseaux sociaux (images publiées chaque semaine dans L’IMAGE DE LA DÉCADE). Picorées de-ci de-là, ces images sont l’air du temps d’un calendrier perdu, des éclairs prométhéens qui zèbrent sur la toile et méritent d’être canalisées.

Selon Fabre Églantine, inventeur de ce calendrier, Pluviôse est ce mois « des pluies qui tombent généralement avec plus d’abondance ».

Pluviôse 222

In memoriam

Saul Leiter a choisi Frimaire pour embuer le carreau de ses yeux d’un dernier soleil. Il aura été le grand artisan de la couleur que l’on sait, lui qui dès les années 50, alors que régnait l’empire incontesté du noir et blanc, se servait des rues de New York comme d’une immense et flamboyante palette. Parcours singulier et cyranesque que celui de ce fils de rabbin qui non content d’être à rebours de son époque, se moquait de toute notoriété, déclinait toute ambition, ne répondait que très peu à la gloire qui parfois venait lui rappeler à ses devoirs… « Etre ignoré est un grand privilège » disait-il, un auxiliaire d’une sereine liberté, oui, la liberté de ne pas avoir à plaire : là où devrait commencer tout jeune poète… C’est la leçon de chose, qui derrière une fenêtre, nous a laissé, entre autres, celui qui peignait avec des machines à œil de feu.

Hommage à Saul Leiter, « Et si le mauvais temps… » Par Anne Scalco

Et si le mauvais temps était un allié à la création…Le photographe sort travailler muni de son appareil et la pluie tombe grise et froide, la neige piétinée salit la ville, le ciel plombé annihile les contrastes. Le ciel d’un cotonneux blanc sale bouche la lumière, les blancs sont ternes, les noirs ne ressemblent à rien, les gris n’ont plus rien à envier aux couleurs. Et pourtant il reste tout un monde à photographier. Tout un monde que nous ressentons plus que nous le voyons, un monde froid et humide qui brille par son opalescence. Réfugié dans un café, une échoppe ou un restaurant le photographe essuie la buée de la vitrine et alors, tout un monde invisible de l’extérieur apparait. Le monde gris et mouillé exhale une grande quiétude loin des bruits de la rue. A l’abri du mauvais temps, le cadre devient possible, les couleurs en demi-teintes offrent leur exceptionnelle douceur. La buée atténue la vision ; un tableau aux coups de pinceau floutés apparait. Le pluie enseignerait-elle l’humilité ? Je repense à ces paysages matinaux de la cordillère des Andes où les cimes des arbres se perdaient sous d’épaisses écharpes de gouttelettes.

Tout n’était qu’eau en suspend dans ces montagnes lointaines. L’eau du ciel détrempait la terre, grossissait les rios, vrombissait au sortir des volcans soufrés. Je revois l’abbaye fantomatique de Bolton dans le Yorkshire, un jour d’hiver plein de neige ; vaste navire fantôme émergeant de par les brumes. Un monde en noir et blanc. Je me souviens de ce petit matin en France où le chevreuil attentif se tenait là à côté du figuier effeuillé. Des instants précieux que l’œil photographie à jamais. Tant de silence que le déclenchement de l’obturateur en devient intrusif. Comment photographier le silence sans en être perturbée ?

J’aime à me croire assise à cette table près de la vitrine, à regarder les gens s’affairer, voir le froid sans le ressentir. J’aime à lire les lettres à l’envers, de l’autre coté du miroir. Les formes sont déformées. Les teintes sont atténuées. Les bruits sont assourdis. Le photographe sait qu’il tient quelque chose. Il le sait, il ne le voit pas. Il le sent, il ne l’analyse pas. La vitrine embuée est un filtre d’effets à chaque fois différent. Saisir l’instant fugace de l’action qui ne reviendra pas. Percevoir le chef d’œuvre dans le quotidien d’une journée à la lumière morose. Faire fi des codes et des règles. Se faire plaisir et admirer la simplicité d’une rue mouillée. Le cadre et l’instant. Quand l’œil rencontre l’âme, la photo est bonne. Sinon effaçons-la et restons derrière cette vitrine, dans la chaleur humide des cafés et regardons le monde qui patauge et que nous aimons. »

Dans le détail

L’auteur : Le Berlinois Gerrit Hahn est l’auteur de ce petit miracle. Né en 1979 à Münster en Allemagne, il se consacre à la photographie en 2005, alternant les projets aux Etats-Unis, en Europe de l’Est et en Afrique (dont un documentaire vidéo sur le Rwanda). Nous vous conseillons d’aller faire un tour sur son site qui regroupe, entre autres, de magnifiques portraits et reportages réalisés en argentique; un blog tumblr très interessant aussi est à consulter… Pour s’y rendre, c’est facile : cliquez ici 

L’image : Vierge à l’enfant contemporaine, chambre froide ouverte sur caldarium visuel, intérieur improbable et vertigineux ceinturé par une foule incrédule, un cadre dans le cadre. Nous ne savons pas dans quelles conditions exactes l’image a été prise, ni sa date, ni l’histoire de ses protagonistes (et n’avons, de peur « d’atterrir », pas voulu demander le fin mot au photographe) mais il y a tant d’indices, tant de précisions et d’élégance dans l’utilisation du cadre, de la lumière et de la couleur, (suite).

Suite : que véritablement, nous assistons comme à la mise au coffre du mot grâce, tout simplement, sa définition révélée au monde, une dernière fois, divine parenthèse que seuls nous, avons eu la chance d’entrevoir, de ces fragilités païennes qui donnent envie de s’agenouiller…

L’auteur : Particulièrement remarqué lors des sony world photography awards 2013, Danish Siddiqui est un photographe irakien de l’agence Reuters basé à Mumbai en Inde. Il est né en 1983 et est régulièrement publié au National Geographic Magazine, The New York Times, The Guardian, Time Magazine. Son image nous invite sur une plage de Bombay où nous reconnaissons un sauteur de flaque, celui de Bresson…

L’image : revisité au sel de la mer d’Oman. Il est toujours troublant de se voir proposé un hommage « direct », sans fard pour le dissimuler. Comme par exemple, chez Paul Seawright qui fera de la vallée de la mort de Roger Fenton un joli renvoi, ou que, pour l’image qui nous occupe, un Elliot Erwitt, ne veuille déjà s’en rapprocher avec son voltigeur du Trocadéro… Qu’est-ce qui, nous plaît dans cet exercice (suite).

Suite : de bégaiement iconographique ? La connivence tripartite du cliché ? Ce clin d’œil en triangle entre nous, le photographe et la source ? Sommes-nous flattés de démasquer la référence, notre culture comme véritable sujet de ce qui est représenté ? Ou tout simplement, cela donne-t-il un sens à l’histoire de l’art ? Avec ses jalons, ses balises, ses repères qui parfois nous rappellent la direction prise par une famille d’artistes à la même sensibilité? Sans doute un peu de tout cela. C’est que, comme autant de petits sauts au-dessus du reflet de l’histoire, il y a ce sauteur de flaque(s), leitmotiv « décisif » qui nous enjambe et nous dit : ceci est l’image même du principe photographique, cet instant qui fut un matin de 1932, derrière la gare Saint-Lazare, un grand pas pour l’homme, un grand pas pour l’unanimité… Le site du photographe : cliquez ici 

L’auteur :  Inspiré par le travail du réalisateur David Lynch, du peintre Eric Fischl et de l’illustrateur Norman Rockwell, on qualifie volontiers le travail du photographe américain Jeff Bark (né en 1963 et basé à New York) de « romantique » et de « symboliste »… Et c’est parce que cette image tout en molestant ses ascendances en est aussi un saisissante allégorie que nous l’avons choisie. Qu’y voit-on ? Innocence contre innocence, la figure de la candeur se faire étrangler par elle-même…

L’image : Ambiguïtés et cruauté, cauchemar blanc mythologique, des corps d’éphèbes jalousent-ils un concurrent ou brutalisent-ils du concept ? Sont-ce des gardiens de Léda dépêchés là pour changer l’histoire, ou sinon d’odieux fils d’Icare cherchant à venger leur père… L’image est belle, tirant sa force d’une naïveté assumée et injuriée, un oxymore de couleurs désaturées, une rixe noire et blanche rehaussée de bleu. Le site du photographe : Cliquez ici 

À noter : Les représentations du cygne dans la peinture et la sculpture sont très nombreuses de l’antiquité jusqu’à nos jours. Selon Homère, une nuit, sous la forme d’un cygne Zeus vint se réfugier dans les bras de Léda, l’épouse du roi de sparte. De ses amours avec le dieu, elle conçut deux enfants (Hélène et Pollux), qui naquirent dans un œuf, alors que Clytemnestre et Castor, enfants de Tyndare, naquirent dans un autre.

L’auteur : Depuis 2008, la série « domesticated » d’Amy Stein a connu un joli succès. C’est à cette date qu’elle se vit récompensée par Martin Parr, comme ayant permis la réalisation du meilleur livre photo du festival de New York. Elle a été pour le photographe l’occasion de « traiter des interactions entre humains et animaux dans la petite ville de Matamoras en Pennsylvanie ». Amy est né en 1970 et vit à Los Angeles. Site du photographe : cliquez ici

L’image : Série troublante à plusieurs points de vue, dont celui d’abord de l’interrogation constante sur la réalisation : y-a-t-il montage ? Y-a-t-il mises en scène ? Y-a-t-il préparation ? Ou la captation est-elle authentique ? Prise sur le fait ? Au final, et si l’on regarde bien, les réponses possibles sont écartées d’un revers de main car que ce soit l’un ou l’autre, c’est tout aussi bluffant, tout aussi terrifiant aussi… À vous de juger.

À noter : à propos de sa série, Amy dit : « Mes photographies servent de dioramas modernes à notre histoire naturelle. Dans ces scènes, j’explore notre relation paradoxale avec le sauvage et la façon dont nos pulsions conflictuelles continuent d’évoluer et de modifier le comportement des humains et des animaux. (…) Dans mon travail, j’examine les problèmes primordiaux du confort et de la peur, de la dépendance et de la détermination, de la soumission et de la domination qui se déroulent dans les rencontres physiques et psychologiques entre l’homme et le monde naturel. De plus en plus, ces rencontres se déroulent dans les espaces artificiels que nous avons construits qui agissent à la fois comme un passage et une barrière entre l’espace domestique et le sauvage. »

L’auteur : Extrait de la biographie de Spencer Murphy sur son site :  « Spencer est né en 1978 et a grandi dans la campagne de Kentish. Élevé dans un isolement relatif, à des kilomètres et des kilomètres de l’école la plus proche, il s’est souvent retrouvé seul avec son imaginaire dans la forêt environnante, son principale aire de jeux. Seul? pas exactement, puisque à l’âge de 11 ans ses parents lui offre son premier appareil photo qui devient dès lors son compagnon d’expression favori ». Aujourd’hui Spencer vit à Londres et publie dans de nombreux et prestigieux magazines comme the Guardian, the Telegraph, the Time ou Rolling Stone Magazine et Dazed and Confused.. Pour se diriger vers le site du photographe il faut : cliquez ici

L’image : Katie Walsh est une femme Jockey, accessoirement elle est Irlandaise. Spencer Murphy lui, vous le savez est un photographe Britton. La rencontre des deux a sans conteste tourné à l’orfèvrerie. Car rares sont les portraits a dégager autant de fragilité, un regard autant de détermination, le tout minutieusement enveloppé dans un gemme de mélancolie toute celtique. Aristocratie du visage donc : peau blanche et long cou, choix des textures, grands aplats et rehauts du détail, vous savez quoi ? On dirait du Ingres… Pour info, Katie est la troisième femme à remporter le irish Grand National avec le cheval Thunder And Roses et est depuis, mais ça on s’en serait douter, une véritable icône dans son pays. 

À noter : Ce portrait boueux d’après course a remporté le prestigieux Taylor Wessing photographic portrait prize 2013. Nous vous invitons à aller découvrir le reste de la série que le photographe a réalisé pour Channel 4’s The Original Extreme Sport campaign, ses autres travaux sont tout aussi incroyables et touchants…

L’auteur : L’australienne Rosemary Laing a eu ce projet invraisemblable de faire construire la charpente retournée d’une maison en nouvelle galles du sud. L’installation qu’on dirait tombée du ciel est dans la continuité de sa réflexion sur la colonisation des terres sauvages de son pays.

L’image : Formes rigides contre arabesques végétales, bois mort contre bois vivants, structures coloniales contre organisation indigène, cette habitation de type « banlieusarde », est comme l’éclaireur d’une ville proche, intruse, tumorale, une vilaine écharde qui menace.

À noter : Née en 1959 à Brisbane et vivant aujourd’hui à Sidney, Rosemary est représentée en France par la célèbre galerie Lelong. Dans les années 70, elle a d’abord été peintre, et a commencé à incorporer des photographie seulement dix ans plus tard. Elle se livre à quelques manipulations numériques dans les années 90 mais pas question de photoshop dans l’image présentée ici et plus généralement dans son travail récent.  Le site de la plasticienne : cliquez ici 

L’auteur : Dans sa série « Master Plan », le designer californien Chad Wright parle lui aussi de maison et de banlieue. En confrontant ses baraques de sable aux marées du pacifique Nord, il nous parle d’enfance, de la sienne et de la notre, mais aussi des années de planification américaine d’après-guerre et son cortège de constructions normées. En 2011, Chad ouvre un atelier de design qui regroupe plusieurs disciplines et dont l’objectif est, comme ici, d’associer poésie et objets. Il va s’en dire que son travail est l’objet de nombreux intérêts et exposé de par le monde. Le site de l’artiste : cliquez ici.

L’image : L’idée tout aussi simple qu’elle est riche et belle réussit avec très peu de moyens à délivrer un spectacle ample et puissant; l’on y est tour à tour saisi par l’immédiateté d’une organisation dérisoire et le prolongement d’un projet plus vaste et cohérent : temporalité humaine et immortalité élémentaire, là où se côtoient éphémère et infini, résolution grégaire et sentiment océanique. Face à l’océan, la vie comme elle va, le goutte à goutte des clepsydres du destin, face au sable, le temps des sabliers, et l’inexorable fatalité qui attaque encore et encore la chair de nos quotidiens faits du dérisoire de la matière.

À noter : Dans la même catégorie sable, en 2016, il y a l’oeuvre Castles Made of Sand, de Michel de Broin, installée au 68étage du gratte-ciel de la Banque de Montréal. De Broin a travaillé deux ans sur sa machine qui produit et détruit des châteaux de sable en continu. L’idée lui est venue quand il a constaté que le gratte-ciel de BMO dominait Toronto et les abords du lac Ontario. Une position qui rappelle celle d’un château de sable sur une plage. Pour voir ce que cela donne : Cliquez ici

L’auteur : La néerlandaise Juul Kraijer, née en 1970 à Assen, diplômée des beaux-arts de Rotterdam, est sculptrice, dessinatrice, peintre et… Photographe. Invariablement, tous ses dons sont mis au service d’un seul et même sujet : le portrait. Et cela force le respect qu’un artiste fasse de sa recherche (donc de sa vie) la quête sans répit d’un unique trésor. Cela force aussi l’attention : on y regarde de plus près. Cette image issue d’une série de 2013-14 mêlant bestioles et visages a été très remarquée, et a participé à faire entrer le travail de Juul dans les collections du MoMa, de la fondation Vuitton ou encore du musée photographique de Marseille. Pour retrouver le site de la photographe plasticienne, il faut : cliquez ici 

L’image : La femme et le serpent, on le sait, ont une longue histoire commune… Ils sont ici de nouveau réunis, ou plutôt superposés, dans l’entonnoir lumineux d’un dispositif studio, en plan serré. Selon l’aversion ou la fascination ressentie pour ce genre d’animal à sang froid (je parle du serpent!), la réception du visuel se fait, selon, par le ventre ou par les yeux. Par le ventre ?!Ça tombe bien puisqu’il s’agit aussi de manger du symbole. En manger ou se faire étrangler par lui… Est-ce d’ailleurs le nœud d’une funeste corde cet aspic ? Une auréole inversée ? Est-ce un retour sur péché, un revers féministe de protubérances mâle ? La vénéneuse a pourtant une peau de pêche, une peau à contrition même, et en écharpe : un boa constrictor… À chacun de se faire un avis.

À noter :  » Dans la mythologie chrétienne, le serpent peut être un animal sauveur, mais aussi une bête maudite. Symbole de la ruse et de la guérison, il peut aussi se révéler comme adversaire de l’homme. Entre le serpent et la femme, les rapports sont ceux de l’hostilité depuis la chute. Cette inimitié, le Seigneur l’a récapitulée en lui-même en se faisant homme né de la femme et en foulant aux pieds la tête du serpent. L’auteur du livre de la Sagesse identifie le serpent avec le diable; le livre de l’Apocalypse de Jean n’hésite pas à reprendre cette identification. Cette valence négative s’est imposée en Occident qui en est venu à oublier la signification positive du serpent ».

L’auteur : Une jeune photographe russe, Daria Tuminas, née en 1984 à Saint-Petersbourg et travaillant à Amsterdam s’est faite particulièrement remarquée lors de Photoquai 2013 avec sa série Ivan and the Moon. S’y succèdent trois ans de la vie de deux jeunes garçons, Ivan 16 ans et Andrey, dit « la lune », 14 ans. Le site de la photographe : cliquez ici

L’image : Dans leur région reculée, au nord de la Russie, ces deux frères hors du temps et de la modernité, offrent le témoignage d’un mode de vie disparu, du moins vu d’ici, en occident. D’errances virgiliennes en flâneries pastorales nous suivons au quotidien l’adolescence de ces deux-là. Prières, neiges, ennuis, des instants en creux et des ellipses puissantes se conjuguent au subjonctif imparfait…

À noter : « Les deux frères habitent un village isolé du nord de la Russie, à 990 kilomètres de Moscou. A mille lieues des préoccupations des adolescents citadins, ils passent leurs journées à chasser, pêcher, traquer les fantômes dans des lieux abandonnés et admirer les couchers de soleil. Un jour, ils partiront faire leurs études et leur service militaire en ville. Mais pour l’instant, ils vivent très bien comme ça. Daria Tuminas a été « fascinée » par leur univers, qui emprunte beaucoup aux contes et légendes. Elle s’est liée d’amitié avec ces garçons « à la fois matures et naïfs, innocents et énigmatiques », dit-elle. Et en les regardant aujourd’hui s’intégrer dans la société, elle s’interroge sur leur avenir. » Texte de photoquai 2013

L’auteur : Photographe de mode suédoise Julia Hetta a travaillé sur des campagnes pour Dior ou encore Hermès et ça se voit… Elle est aussi exposée en ce moment à Paris à l’Institut Suédois (Nov. 2012).

« Romantisme avec touches de peintures classiques. La Renaissance comme source d’inspiration, l’influence des maîtres hollandais sont la signature de son style perfectionniste. Ses photographies de mode alternatives sont riches de sens. A la fois douces et étranges, ses images s’exposent dans un enchantement intemporel. Diplômé de la Gerrit Art Academy à Amsterdam, l’artiste s’attache à une technique exclusive : lumière naturelle et temps d’exposition long. Une méthode qui donne à ses créations une couleur et une texture si particulière ». Le site de la photographe est à portée de clic : ici.

L’image : Inspiré des peintures du 17e siècle, ce portrait de Julia nous vient tout droit de l’école du « Nord ». Une école en vogue ces derniers temps…Qu’elle soit celte, saxonne, flamande ou Scandinave, cette lumière blanche et bleue, tantôt précise, au scalpel, tantôt enveloppante et éthéré, procure (d’où quelle vienne) cette même émotion vespérale, ce frisson boréale, une vibration hypnotique qu’on croyait l’exclusive du glacis des peintres.

Par ailleurs, le temps de pose relativement long appliqué au portrait a cette réputation de capter une certaine vibration et à infuser la chaleur de la vie dans la rigueur d’une image-machine. Un carrefour de techniques et de savoir-faire qui donne à cette jeune fille à la pomme, proposition d’Eve nouvelle, ce rendu digne des grands maîtres.

À noter : cet article intéressant de slate : « La peinture a toujours été une source d’inspiration pour la photographie. On se souvient du mouvement des photographes «pictorialistes», comme Edward Steichen ou Robert Demachy, qui tentaient à la fin du XIXe siècle de faire accepter la photographie comme un art en la rapprochant de la peinture et du réalisme. La photographie contemporaine ne fait pas exception et ce d’autant plus que les possibilités offertes par les logiciels de retouches et de post-production actuels permettent de se rapprocher encore plus du rendu de la peinture (…). » Suite de l’article en : cliquant ici

L’auteur : Né en 1994 et originaire de Richmond, USA, Nicholas Max Scarpinato, nous convie, pour cette image, à un univers entre le romancier Frank Baum (le magicien d’Oz) et le peintre John Brosio (dont les oeuvres incroyables sont à voir ici). Difficile d’avoir plus d’informations sur ce jeune et brillant photographe, il faut dire que lorsque nous sommes tombés sur son travail dans un recoin de Flickr, il était encore au lycée ! Mais de ce que nous en avons vu ce sera probablement un photographe à suivre… Pour retrouver sa démarche et garder un oeil sur lui, ça se passe ici 

L’image : Qui ne se souvient pas de la tornade qui emporte la ferme de Dorothy Gale dans le magicien d’Oz ? Prémices d’une catastrophe à venir, d’un bouleversement complet, nous sommes plongés dans un conte de fée obscure dont nous ne connaissons pas encore la trame. Ou sinon sommes-nous dans un rêve ? Paraît-il que la tornade, chez Freud,  montre à la fois la peur de sa sexualité et la fougue de celle-ci… Le rêveur est face à un choix : ou il accepte cette puissance et il vit pleinement ses potentialités, ou il la refuse et sera continuellement tiraillé par cette pulsion de l’Eros : Tout un programme.

À noter : le saviez-vous, le magicien d’Oz est une allégorie de la crise économique qui entre 1883 et 1897, à la fin du Gilded Age,  eut lieu aux États-Unis. Les agriculteurs de l’Ouest s’endettèrent lourdement. Les personnages du livre symbolisent diverses figures et des événements de l’époque : Dorothée : l’Américain moyen, Toto : le parti prohibitionniste (son surnom était Teetotaler), Le bûcheron en fer blanc : les ouvriers, L’épouvantail : les agriculteurs, Le lion peureux : William Jennings Bryan, Les Croquignons : les habitants de la côte Est, Le magicien : Marcus Hanna, leader du Parti républicain, La sorcière de l’Ouest : William McKinley, La sorcière de l’Est : Grover Cleveland, président démocrate jusqu’en 1896, qui fut battu par William Jennings Bryan aux élections primaires, La tornade : la dépression, Les souliers d’argent : l’argent qui permettra, en touchant le chemin doré, de revenir au double étalon or-argent.

L’auteur : Photoquai, il en est toujours question ici, l’auteure de cette image n’étant autre que la directrice artistique et commissaire générale de la 3e édition. On ne présente plus Françoise Huguier, grande baroudeuse devant l’éternel et, on le sait moins, photographe de mode : Elle est, entre autres, Lauréate de la villa Médicis, Prix World press photo ou encore des rencontres d’Arles. Son site : cliquez ici 

L’image : Entre 2000 et 2007, Françoise Huguier loue une chambre chaque automne dans un appartement communautaire de Saint-Pétersbourg. Pendant sept ans, elle va partager plusieurs mois durant le quotidien de ces locataires. Entre va-et-vient dans les couloirs, tour de douche, ménage planifié, partage de la cuisine, la photographe devra d’abord s’initier à toutes les règles de la maison (suite).

Suite : avant de recevoir les premières confidences. Kommounalkaest un remarquable travail sur les rapports humains de ces habitants contraints à la colocation. Publié chez Actes Sud (2008), ces destins croisés résonnent comme l’évolution de la société russe depuis la chute du communisme jusqu’à la Russie de Poutine.

L’auteur : Mohammed Ismail est né en Libye, pays qu’il a très peu connu puisque dès l’âge de 4 ans sa famille s’installe en Angleterre où il passera son adolescence et fera ses études de droit. Pour cette image de reportage, il est retourné au pays via la frontière tunisienne et a pris tous les risques. Plus récemment, il a documenté la vie de habitants du Qatar et de Doha, à voir sur le site du photographe : en cliquant ici

L’image : Le photographe parle de sa série : « Avant que la guerre civile éclate en Libye, la politique libyenne était très simple: vous étiez avec le régime ou contre. La première catégorie pouvait, à son tour, être divisée en deux sous-catégories: ceux qui ont bénéficié du régime et ont vécu des modes de vie somptueux, et ceux qui étaient très pauvres, mais encore soutenus par Kadhafi (suite).

Suite : Pour ces derniers, il existe aussi deux explications quant à savoir pourquoi Kadhafi a pu obtenir leur «soutien». Tout d’abord, le phénomène psychologique, le syndrome de Stockholm – lorsqu’un individu opprimé développe un lien émotionnel avec son oppresseur et dans des cas extrêmes, va jusqu’à défendre son oppresseur. Certains Libyens sont allés plus loin et ont développé l’idée que Kadhafi était une sorte de demi-dieu, un Messager / Prophète envoyé pour améliorer leur vie. Deuxièmement, la peur était une arme utilisée par le tyran tout au long de son règne, mais pendant le soulèvement, elle a été surmultipliée.  Le 17 février 2011, a vu ce que de nombreux Libyens plus âgés pensaient ne jamais voir arrivé : le soulèvement du peuple libyen. À partir de l’est, et avec l’aide des Libyens du nord, du sud, de l’est et de l’ouest, l’emprise de Kadhafi sur le pays a commencé à se desserrer. Jusqu’à ce point, la politique libyenne était encore relativement simple en ce sens que vous étiez soit en train de lutter contre Kadhafi, soit contre lui.

L’auteur : La jeune New-Yorkaise Sara Naomi Lewkowicz a reçu le prix Prix Rémi Ochlik de la ville de Perpignan en 2013 pour son reportage «embeded» réalisé un an plus tôt. Et on ne peut que saluer cette décision. Nous avons choisi l’une des images les plus fortes et représentatives de sa série, mais pour retrouver le reste de ce documentaire exceptionnel (et le site de la photographe), veuillez vous rendre ici

L’image : Document traitant du cercle infernal des violences conjugales, Sara s’est intégrée plusieurs mois à la vie d’une famille moyenne, suivant son quotidien : celui de Maggie,19 ans et Shane, 31 ans. Le résultat est plein de la complexité qu’il fallait pour aborder le sujet. A la fois tendre et inquiétante, poignante et  effroyable, la plus belle réussite de cette série est d’avoir su rendre la perpétuelle tension (suite)

Suite : d’une relation placée sous le signe de ces dérives là. Il y a ce je-ne-sais-quoi de dissimulé dans l’ordinaire, qui rôde, de la folie dans certains regards, de la candeur dans d’autres, une déflagration prête à tout emporter. Il y a ce trouble qui vient de ce que ces deux là s’aiment, s’aiment vraiment, et que, comme sur une corde raide, le fil de leur regard, le fil de leur amour, peut se couper à chaque instant, au moindre prétexte.  Immersif comme rarement, a ce point qu’il en devient  presque dérangeant, déstabilisant, ce reportage fait bouger les lignes, on sait maintenant à quoi « ça  » ressemble, l’enfer d’une famille perdue dans la violence, d’un couple, de l’amour, et à ce seul constat, l’œuvre est salutaire…

L’auteur : Il y a plus de 25 ans, Iain McKell a rencontré un groupe de jeunes révoltés anti-Thatcher partis de Londres pour la campagne anglaise. Sur les route, en vieux vans, et voyageant au gré des festivals de musique alternatifs, on appelait à l’époque la caravane insoumise, le convoi de la paix. En 2001 pour le festival du solstice d’été à Stonehenge, Iain a, en parti, retrouvé ces voyageurs néo-bohémiens, vivant pour la plupart dans des caravanes tirées par des chevaux. Ces New Gypsies lui ont inspiré un splendide périple photographique de plus de dix ans. Mais vous l’aurez compris, sinon le moyen de transport, ces voyageurs tommies n’ont rien de la communauté Rom, ni les origines, ni l’apparence.

Ils reproduisent simplement un mode de vie, ou plutôt un fantasme de mode de vie, qu’aujourd’hui, peut-être, l’on retrouve chez les derniers Tziganes roumains non sédentarisés… Pour rendre compte de cette rencontre, plutôt que de travailler dans le style habituel du documentaire photo, le photographe de Bristol crée des images oniriques ressemblant à des clichés de mode*, on y retrouve par exemple les couleurs de « roulottes, campement de Bohémiens » de Vincent Van Gogh, 1888. Cette « façon de faire »  qui sans amoindrir la force du témoignage en extrait une certaine fragilité, une beauté authentique qui participe peut-être à la réhabilitation -du moins espérons-le

de l’imagerie Rom dans l’inconscient collectif (voir le travail de Tony Gatlif à ce sujet), lorgne du côté d’un romantisme hippie très en vogue dans les années 2000. Ce mouvement, racine de la vague bo-bo qui sévit aujourd’hui se met ici au service d’une cause, sinon d’un respect de codes qui n’ont pas le vent en poupe. Là où esthétique et politique ont peut-être des choses à se dire, l’on voit aussi ce que l’on peut apporter comme critique à une telle entreprise : dévoiement de l’esprit Gypsie et effacement de ces nuances, récupération mercantile, esthétisation à outrance, uniformisation de la différence etc… *On notera qu’il a d’ailleurs embarqué Kate Moss dans l’un de ces sites pour un shooting : voir Kate & the gypsies; http://www.iainmckell.com/newgypsies/

L’auteur : Une image de la non moins prometteuse Lituanienne Gabriela Liivamägi, née en 1980, diplômée du Tartu Art College. Elle a déjà collaboré avec de nombreux théâtres, cinéastes, créateurs de mode et maisons d’édition en Estonie et participé à plusieurs expositions collectives. Pour dire que le mélange des disciplines ne lui fait pas peur… En cliquant ici vous vous rendez  sur son Flickr.

L’image : La composition tout en Fibonacci (voir l’article en-dessous), les couleurs tertiaires, l’esprit « selfie », la sensualité confronté à l’innocence, l’intimité au voyeurisme, ces diagonales jetées entre premier et second plan, ce mouvement vertical face aux corps au repos, le féminin et le masculin, la transmission et l’absence, bref tout cela nous a plu, tout simplement…

À noter : Le nombre d’or, aussi connu sous le nom de Phi, Proportion Divine, ou Ratio de Fibonacci est un peu comme л (pi) : c’est un nombre irrationnel (avec une infinité de décimales), qui vaut environ ф = 1,618033989. De savants calculs permettent d’en tirer un rectangle d’or, ou une spirale d’or que vous n’aurez aucun mal à retrouver sur la toile…

L’auteur : Photographe et aventurier, Howard Goldberg, photographe basé à Los Angeles et New York et né en 1966 nous livre cette troublante image. Howard a voyagé seul à travers le monde pendant plus de vingt cinq ans, et a notamment réussi à rentrer au Tibet à une époque où le tourisme y était encore pratiquement interdit. Il a aussi documenté la crise économique au Zaïre en frayant longtemps avec le danger. Pour voir ce que cela donne, il suffit de : Cliquez ici

L’image : Tirée de sa série overflow and excess qui mélange beuveries dans des bars à strip-tease et déambulations au burning man, nous nous retrouvons encore dans une chambre, sur un lit de chambre d’hôtel peut-être, cette fois avec deux jeunes filles dont nous ne savons pas si elles sont soeurs, amantes, ou inconnues l’une pour l’autre. L’intérêt de l’image réside justement dans la tension sexuelle qui émane du mystère de ces deux visages…

À noter : Le terme de lesbienne découle de la poésie antique de Sappho, qui est née à Lesbos. Ses poèmes, à l’intense contenu émotionnel suscité par les autres femmes, ont souvent été interprétés comme exprimant l’amour homosexuel. Grâce à cette association, Lesbos et en particulier la ville de Eresós, son lieu de naissance supposé, sont fréquemment visitées par les touristes lesbiennes.

L’auteur : Scarlett Hooft Graafland, sculptrice et photographe hollandaise née en 1973, diplômée des beaux-arts de La Haye, parcourt le monde en quête de splendeurs naturelles qu’elle confronte ensuite à des installations d’objets du quotidien. Une démarche qui lui permet de composer des clichés proche du land Art. Son travail a notamment été exposé en France au festival de Hyères en 2008, et parcourt aussi toute l’Europe… Son site : cliquez ici

L’image : la référence à la spiral jetty de Walter de Maria est ici explicite), une démarche qui porte à réfléchir sur l’empreinte de l’homme sur son environnement, sur comment il peut encore le laisser vierge. Elle dit dans une interview sur slate.fr : «Dans mon travail, j’essaie souvent de réfléchir aux légendes et aux histoires des différentes cultures que je rencontre quand je voyage. Je veux les associer au paysage local en créant des installations ».

Suite : Elle a notamment pratiqué cet art – qui tient autant de l’installation et de la performance que de la photographie – en Chine, en Islande, sur la banquise du Nunavut et sur les hauts plateaux du sud de la Bolivie. Les images de ce portfolio ont été réalisées au cours de trois séjours de six à huit semaines chacun, en 2004, 2006 et 2007, en divers lieux de l’Altiplano bolivien – dans le désert de sel d’Uyuni ou à proximité – et à des saisons différentes. “Je voulais avoir des conditions météo variées pour profiter des effets de lumière, explique la photographe. Et puis on peut jouer avec la réverbération, qui varie selon l’humidité, avec les effets de miroir sur le lac salé, les brumes, etc. Le fait de rester plusieurs semaines dans le même endroit m’a par ailleurs permis de vivre avec la population locale, de m’immerger dans sa culture et de lui proposer de participer à mes mises en scène.”

L’auteur : En Octobre 2013, le thaïlandais Athit Perawongmetha réalise ce cliché incroyable. Membre de l’agence Reuters depuis 2013, alors que parfait autodidacte, il enchaîne les reportages en Asie du Sud-Est, surtout en Thaïlande et s’adonne également à la photographie de paysage avec beaucoup de talent. Publié dans Géo France mais aussi dans le National Géographic, Cliquez ici pour voir son parcours.

L’image : Ce jeune homme qui dit ne pas souffrir est en fait un dévot du lieu saint Jui Tui. Il prend part à une procession de rue pendant le festival végétarien annuel de Phuket. Cela fait près de 200 ans que ces rituels sont orchestrés par la communauté chinoise locale, tout a commencé avec une troupe d’opéra chinois miraculeusement guérie du paludisme en adoptant un régime végétarien strict.

À noter : Le Festival Végétarien de Phuket est une procession à travers Phuket Town qui se veut comme un « adieu des neuf dieux empereur ». Chaque sanctuaire participant au festival possède un ‘Dieu Empereur’. La dernière procession les accompagne jusqu’à Saphan Hin, d’où ils quitteront Phuket. Ce festival annuel met en scène différentes processions organisées par les sanctuaires participant, et les fidèles du culte de MaSong paradent dans les rues le visage transperce d’ustensiles métalliques en signe de pénitence…

L’auteur : Né en 1966 à Nottingham, en Grande-Bretagne, où il a été élevé par des parents adeptes de la secte des Christadelphes, chez lesquels seule la lecture de la bible et la contemplation des images du Christ crucifié sont autorisées, Mat Collishaw produit photographies, installations et vidéos. Il appartient à une génération de jeunes artistes britanniques qui a émergé au début des années 9O, sous l’impulsion de l’empereur des marchands outre-manche : Charles Saatchi. Mat explore la face sombre de la nature humaine, en utilisant le pouvoir de l’image dans sa production qui s’étend sur une période de plus de 20 ans. Dans ses photographies proche de la peinture, il mélange avec délicatesse la douleur et la beauté, la perte et la lumière, la décadence et l’innocence.

L’imageLast meal on Death Row est une série de natures mortes absolument passionnante : elle reproduit ni plus ni moins les derniers repas de condamnés à mort américains… Parfaitement documenté par Jacquelyn Black dans un livre du même titre, Collishaw « immortalise » à la manière de maîtres flamands une hallucinante « Sainte Cène », paradoxalement celle de la plus profane frange de l’humanité : celle dont la société a jugé ne plus vouloir en son sein. Intitulant chacune des pièces du nom de « son » condamné, l’émotion n’en est que plus troublante… À noter que les photos représentent les repas désirés tels qu’ils ont été demandés et non pas reçus. Le cuisinier de la prison ne pouvant répondre à ces requêtes uniquement avec les ingrédients disponibles dans sa cuisine…

À noter«  Je ne recherche pas la provocation, explique Mat Collishaw, mais une expression du sublime, ce sentiment que l’on éprouve lorsqu’on est devant une chose effroyable, et dont il ressort une beauté qui n’existerait pas si la laideur n’était pas là.  » Ainsi en est-il de la première œuvre qui le rend célèbre, Bullet hole (Trou de balle), en 1988. Montrée cette même année à l’occasion de Freeze – exposition qui signe la naissance du groupe des Young British Artists –, elle présente sur 12 écrans lumineux la trace qu’une balle a laissée au milieu d’un cuir chevelu. L’image suscite l’interdit, l’effroi et, en même temps, la fascination  : avec Bullet hole, Mat Collishaw pose les jalons d’une démarche qui ne cessera d’explorer les champs artistiques les plus divers et les techniques les plus sophistiquées. » Lire aussi l’interview de Mat Collishaw : Entre deux mondes. Et retrouvez son travail en cliquant ici.

L’auteur : Stefan Milev né en 1981, en bulagrie : « photographie des rayons de poésie sensuelleIl donne à ses images une aura de mystère, subtil lien entre photographie et peinture. Stefan  affiche une identité photographique hautement artistique vers la relation entre le modèle et sa technique très personnelle de peinture avec la lumière. » Voici ce que l’artiste dit de lui-même. Stefan est un jeune et talentueux photographe de mode Bulgare, basé aujourd’hui à Paris. Ce portrait  remarqué, a sans conteste la rigueur et la grâce des plus grands et c’est sans doute pour ces raisons que ce petit bijou a beaucoup « tourné » sur la toile mais aussi dans les festivals du monde entier… Nous vous conseillons d’aller voir ses différentes séries en vous rendant sur son site en cliquant ici.

L’image : Cet ovale de visage formellement contrarié par un voile en triangle, nous interpelle tout de suite… Filament d’une chrysalide ? Toile d’araignée ? Velum religieux qui ne parvient pas à contenir la beauté qu’il voudrait cacher ? Mousseline d’une trop précoce mariée? Le jeux des apparences et des symboles s’associent délicatement aux matières et à la superposition des noirs, blancs et gris. C’est beau et pudique et aussi fortement inspiré par des grands photographes du 19ème et 20ème siècles comme Cécil Beaton, Edward Steichen, Peter Lindbergh ou encore Irving Penn. Avec ces prestigieuses références, Stefan s’inscrit dans une tradition d’auteurs surréalistes et minutieux dont le travail transcendent les genres et les époques.

À noter : Le saviez vous : « Une des premières à marquer son intérêt pour la mode dans la photographie est Virginia de Castiglione, alias la Comtesse de Castiglione et accessoirement la maîtresse de Napoléon III. Cette noble piémontaise est prisée pour sa grande beauté dès l’adolescence, et surnommée « La Perla d’Italia ». C’est suite à son arrivée à la Cour de France à ses 18 ans et à sa scandaleuse relation avec Napoléon que les portes des salons privés d’Europe s’ouvrent à elle. En 1856 elle commence à collaborer avec Pierre-Louis Pierson, photographe de l’Empereur qui tient un atelier avec les frères Mayer. Elle restera son modèle et sa muse quarante ans, si bien qu’il présentera son portrait en « Dame de Cœur » à l’Exposition Universelle de 1867 à Paris.

L’auteur : Exposé en 2012 à la Bibliothèque Nationale de France et au musée Albert Kahn le jeune parisien Vasantha Yogananthan (né en 1985), n’en finit pas voler de succès en succès : sélectionné pour le prix Nadar en 2014, Vainqueur du prix Levallois 2016 et des FOAM talents de 2017, il faut dire que ces deux dernières séries : Piémanson et A Myth of two souls sont magnifiques… Nous vous présentons ici l’une de ces images issue de Piémanson, dernière plage sauvage d’Europe…

L’image : Le photographe dit de sa magnifique série consacrée à la plage de  Piémanson : « c’est la dernière grève sauvage d’Europe. Au cœur du Parc naturel régional de Camargue, à 40 kilomètres d’Arles, elle s’étend sur 25 kilomètres jusqu’à l’embouchure du Rhône. Son histoire a commencé dans les années 1970, avec la création de la route reliant la plage au village de Salins-de-Giraud. Pêcheurs, campeurs, caravaniers, investirent les plages sans droit ni titre.

Suite : Depuis, Piémanson demeure la dernière zone non réglementée de cette partie de la côte. Sa population estivale varie de quelques centaines d’habitants en mai, à près de 7000 personnes durant le mois d’août. (…) Pour l’instant, les pouvoirs publics tolèrent ce rassemblement de l’été, bien qu’il soit en infraction avec la loi «littoral»… ». Avec un sens du cadrage jubilatoire, proche de l’œil impressionniste (scène de la vie quotidienne décadrée et frontale, foisonnante et  hyper-construite), Vasantha réussit un instantané extrêmement vivant, un témoignage noble et authentiquement populaire du microcosme dans lequel il s’est plongé…   Dans sa progression, sa couleur et son implication, la série nous a fait pensé à un court-métrage : « Lila » de The Broadcast Club présenté pour la Prix Spécial du Jury  au Festival de Clermont-Ferrand en 2009, le Prix Télérama catégorie Labo, à voir ici : http://www.youtube.com/watch?v=xrVbglDi2FU

L’auteur : Dans cette image issue de leur série nocturne Clair-obscur à Fukushima, nous errons en zone évacuée, en zone de cauchemar, là où Carlos Ayesta (né en 1985 à Caracas) et Guillaume Bression (né en 1980 à Paris) ont fixé tous les codes du film d’épouvante, sauf qu’ici tout est vrai… Pour explorer le projet des deux compères, rendez-vous chez Carlos et Cliquez ici ou chez Guillaume en cliquant ici .

L’image : Dans cette image issue de leur série nocturne« Clair-obscur à Fukushima » , nous errons en zone évacuée, en zone de cauchemar, là où Carlos Ayesta et Guillaume-Bression ont fixé tous les codes du film d’épouvante, sauf que nous sommes bien dans la réalité, « en combinant plusieurs approches et en jouant de la mise en scène, les photographes offrent une vision à la fois personnelle (…)

Suite : « (…) et pointue du drame. Pour montrer la contamination, invisible et sporadique, ils emballent une voiture ou un poisson de film plastique, dressent le matériau en frontière au milieu d’un chemin ».Puis ils convoquent des victimes sur les lieux dévastés de ce qui fut leur maison ou leur bureau, pointant la désolation et les pertes d’une vie. Carlos Ayesta et Guillaume Bression photographient en série les aliments périmés d’un ex-supermarché ou capturent quelques ruines au coeur de la nuit, esthétique et lumière irréprochables, des vues de cinéma. Une manière très subtile d’interroger sur la fabrique de l’image et celle de la catastrophe. » Ce projet a remporté le prix découverte du festival d’Arles en 2017.