PARIS PHOTO 2012

PARIS PHOTO : ou la plus grande foire photographique du monde ! Selon les organisateurs l’édition 2012 a attiré 54 157 visiteurs, 128 galeries, 23 libraires, soit des professionnels venus de 22 pays.

Entre le 11 et le 18 Novembre 2012, au grand palais, une petite semaine était donc offerte aux passionnés pour piquer une tête dans le grand maelstrom du bon goût photographique… Moi, j’y suis allé à la nage, en apnée, le dernier dimanche : mauvaise pioche, c’était apparemment le rendez-vous des touristes, des parisiens fatigués et des collectionneurs russes – ceux qui parlent aussi fort qu’ils ont du blé à semer… En même temps j’aurais dû m’en douter, mon côté naïf certainement, bref, je me faisais une raison et puis étant un peu tout cela : touriste, parisien, fatigué et collectionneur russe (mais seulement de roulette), j’avais semble-t-il bien ma place ici avec les gens. A 13h il faisait presque nuit et la file d’attente courait sur 300 mètres, fort heureusement une pote galeriste m’avait refilé un passe-droit. Entrée VIP pour monsieur l’ambassadeur, un petit regard par dessus l’épaule, histoire de toiser le peuple, « pauvres bougres… » encore 2 ou 3 heures avant de mettre un pied sur le tapis rouge, allez courage… J’ai même failli leur adresser un salut de main victorien puis j’ai eu peur de me faire casser la gueule.

A l’intérieur, au chaud, sous le « grand verre », des alvéoles blanches à perte de vue, de l’image partout… Fichtre ! Y allait avoir de la beuverie oculaire : la prochaine fois penser à ramener alka seltzer et Cie. En attendant, autour des halogènes vrombissait l’admiration grégaire des butineurs anonymes, du pollen encore mal essuyé aux bords des lèvres, pour certains ça sentait déjà l’indigestion, des mecs pour la plupart, à moitié endormis, bobonnes les avaient-ils traînés là ? Quant aux ouvrières, les vraies, je veux dire celles estampillées de la profession, un petit carton sur l’abdomen, battements d’ailes en cadence et dard en avant, elles étaient toutes affairées à remplir leur œillets de miel, d’œufs et de larves, en guettant le bourdon égaré… Chacun dans la ruche trouvait sa place, ça faisait plaisir à voir. Et la reine me direz-vous ? Cette année, un travesti, un roi, un certain David zzzLynchzzz de son sobriquet azuréen.

J’avais donc l’après-midi pour faire un tour d’horizon du « meilleur » photographique international, vraisemblablement ça ne suffirait pas, mais à cœur saignant rien d’impossible, refaire ses lacets, s’étirer, la nuque surtout, à droite, à gauche -ça craque, éteindre son putain de portable, soupirer un bon coup et en avant Trincamp* !

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(c) Michael Wolf / Série Tokyo Compression.

Premier arrêt, « tout le monde descend »: la série « Tokyo Compression » de l’allemand Michael Wolf,  montée dans un polyptique façon rubisk ‘s Cube, un beau travail sur le portrait, sur la sainte trinité aussi, celle du monde d’aujourd’hui qui commence par la fermeture des portes automatiques le matin et s’achève par celle des yeux manuels le soir. Très graphique et surtout bien vu, pour ceux qui débutaient leur circuit par là, ça mettait tout de suite en confiance : y’avait donc « du niveau », du coup je vous en ai rajouté une lichette. http://photomichaelwolf.com/

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(c) Patrick Bernatchez / Lost in time

Mais continuons : juste à côté des effluves souterraines nippones, dans l’interstice de deux stands, posé là dans un coin, presque nonchalamment, et toujours dans le registre du polyptyque : l’étrange cavalier de Patrick Bernatchez qui pour les besoins de l’article a été ici re-assemblé. In situ il s’agissait en fait de trois grands panneaux rétro-éclairés, sur l’exemple des enseignes publicitaires, renforçant ainsi l’impression « apparition ». Lost in time de son intitulé sur les cimaises, précisément : une belle immersion dans l’image, dans le temps ou plutôt le non-temps. http://www.patrickbernatchez.com/

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(c) Angela Strassheim

A quelques encablures, premier véritable coup de cœur : l’univers passionnant de l’américaine Angela Strassheim. Principalement portée sur « l’étude familiale », l’approche d’Angela toujours d’une finesse et d’une précision extrême, aux situations simples mais « fondamentales », et cerise sur le paletot d’une maîtrise technique impeccable, a selon moi été l’une des pierres angulaires de l’édition 2012. Dommage que sa galerie lui ait proposé un espace si petit et si mal foutu… C’est d’ailleurs à ça qu’on reconnaissait ceux qui tireraient leur épingle de cette botte de foire : à l’espace  consacré, souvent inversement proportionnel au talent de l’artiste… http://angelastrassheim.com/

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(c) Kawauchi Rinko / Fly

« Fly » du japonnais Kawauchi Rinko a retenu mon attention -pas encore diminué à ce moment là. Placé dans un couloir passant, une belle fulgurance sur le trash-reportage, la décrépitude, la condition humaine, bref toutes ces choses qui font l’impudeur de l’imagerie contemporaine; et de la pudeur, pour le coup il y en a ici  et c’est redoutablement plus efficace, non ? http://www.rinkokawauchi.com/main/index.html

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(c) Jocelyn Lee 

L’ Italienne Jocelyn Lee qui travaille en lumière naturelle et à qui la couleur ne fait visiblement pas peur -assez rare ces temps-ci pour être mentionné, a ravi le passionné du portrait que je suis. C’est fin, ça se regarde sans fin… Mais je vous laisse seul juge :  http://www.jocelynlee.com/

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(c) Cig Harvey

Une belle rencontre aussi que celle de l’américain Cig Harvey : un univers obstinément au format carré qui n’est pas sans rappelé celui du français Patrick Taberna (http://www.patricktaberna.com/). On en revient à la pudeur, à la délicatesse, à l’ellipse, à ce qui est suggéré, suggéré plutôt que montré, démontré, une démarche toujours payante.  http://www.cigharvey.com/

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(c) Robert Bergman

Dans la veine « freak », à noter les gueules cassées de Robert Bergman, un article du Monde.fr en parle : http://www.lemonde.fr/style/article/2013/02/08/arret-sur-visages_1828298_1575563.html

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(c) Nicolas Dhervilliers / Priest

Deux « jeunes » qui montent : tout d’abord le français Nicolas Dhervilliers qui avait fait parler de lui avec sa série « tourists » (des silhouettes de voyageurs découpés sur le net et replacés hors contexte dans une ambiance fantastisque de sa composition), une approche, un auteur à retenir. http://www.nicolasdhervillers.com/ 

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(c) Charles Freger

Dans un tout autre registre -quoique, Charles Fréger, l’ethno-photographe qui travaille sur la tunique, le costume, mais avant tout sur le portrait -même si on ne les voit jamais, nous proposait sa série « Wilder Mann », série qui connait en ce moment  une renommé appuyée de la part du milieu -et c’est tout à fait mérité.  http://www.charlesfreger.com/

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(c) Philip Lorca-Dicorcia

Philip Lorca-Dicorcia a montré aux petits jeunes, s’il en était encore besoin, qu’il était bien le patron… A ce titre : sa photographie  « sans titre » d’un intérieur Hopperien avec écran sur tornade a marqué durablement les esprits, le mien en tout cas, et si je ne devais gardé qu’une seule image de ce grand foutoir ce serait celle-là. Seul bémol : sa galerie New-Yorkaise au lieu de proposer une scénographie de son excellente et dernière série « à l’Est d’Eden », a préféré miser sur un « best of », pas forcément pertinent quand le quidam est ainsi noyé dans le dédale des propositions alentour, ça diluait…

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(c) Nadav Kander

Jamais été un grand fan de Nadav Kander (surtout de ces portraits « maladifs ») mais force de constater que sa proposition de David Lynch valait le détour, tout comme sa série sur le fleuve Yangtze dont un extrait nous était jeté en pâture. http://www.nadavkander.com/

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(c) Anders Petersen

Juste à côté, du lourd : le suédois « charbonneux » Anders Petersen, d’ailleurs lauréat du meilleur livre photo de l’année lors de cet évènement. Il n’avait lui aussi droit qu’à un petit coin ! Qu’on se rassure :  suffisant pour nous en mettre une bonne. On parle ici toujours de portrait et le vieil homme, pour avoir roulé ses cailloux un peu partout et surtout sur l’âme humaine, était bien venu à Paris pour un cours magistral.  http://www.anderspetersen.se/

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(c) Ellen Kooï

Un détour du côté de la Hollande, dont les photographes très actifs ces dernieres années, semblent vouloir reprendre le flambeaux de leurs illustres aînés. C’est le cas avec la très douée Ellen Kooï et son univers onirique, univers pour lequel, je l’admets, même si tout n’y est pas toujours égal, j’ai une petite faiblesse : http://www.ellenkooi.nl/

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(c) Hendrik Kerstens

C’est aussi le cas avec la « révélation » Hendrik Kerstens, connu pour  immortaliser les moments les plus importants de la vie de sa fille « Paula » dans une atmosphère des plus flamandes.  Pour la petite histoire,  je suis resté un bout de temps sur son stand, car difficile d’accéder tout de suite à ses images tant la cohue y était plus importante qu’ailleurs, et à bien regarder l’expression et l’étonnement sur les visages, Mr Kerstens a vraisemblablement été l’un des exposants les plus remarqués…  http://www.hendrikkerstens.com/

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(c) Bae Bien-U

Dans un premier temps les sous-bois « très grands formats » du coréen « photolligraphe » Bae Bien-U ne m’avaient pas convaincu, pourtant j’y pense encore, j’y reviens, quelque chose retient… à voir donc :  http://www.bbuart.com/

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(c) Andy Freeberg

J’ai été agréablement surpris de retrouver l’incroyable travail de l’américain Andy Freeberg, lui qui a fait le tour des grands musées du monde pour ramener ces portraits des gardiennes de salle. Avec une belle pointe d’humour et une réflexion sur les dualités telles que réalité / virtualité, nature / culture, photographie / peinture, fantasme / trivialité et j’en passe… Et sur la profession donc. Allez-y voir, c’est stupéfiant :  http://andyfreeberg.com/

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(c) Yves Gellie

Et enfin le photojournaliste français Yves Gellie, le dernier à m’avoir « arrêté », même après 5 heures  de déambulation -au bas mot, avec cette série réalisée dans le Nord de l’Ecosse qui fait écho au travail de David Chancelor sur les chasseurs :  http://www.yvesgellie.com/

V. S. M.

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* Trincamp, trincamp, trincamp : but ! But! But !

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